BM 174-2 2016

Le tome 174-2 du Bulletin monumental comprend deux articles importants. Le premier, "Saint-Bénigne de Dijon. Cinquante ans de recherches sur l’abbatiale de l’an mil" par Éliane Vergnolle, est un état des questions sur l’un des monuments majeurs du début de l’art roman, presque entièrement détruit à la Révolution mais connu par une abondante documentation ancienne et par des fouilles archéologiques réalisées la fin des années 1970. Le second article, "Au château de Limours : Salomon de Brosse, François Mansart et André Le Nôtre" permet de découvrir, à travers un ensemble de documents inédits, un autre monument majeur presque entièrement disparu, le château de Limours, propriété du cardinal de Richelieu puis de Gaston d’Orléans où travaillèrent plusieurs des maîtres qui devaient marquer l’histoire de l’architecture du XVIIe siècle. Le fascicule comporte également une très utile mise au point sur le programme sculpté du cloître roman de Silos, sous la plume de Peter Klein.

Articles

- Saint-Bénigne de Dijon. Cinquante ans de recherches sur l’abbatiale de l’an mil, par Éliane Vergnolle

- Au château de Limours : Salomon de Brosse, François Mansart et André Le Nôtre, par Alexandre Cojannot et Étienne Faisant

Mélanges

Une vision partiale de Silos, par Peter K. Klein

Actualité

Gers. Marciac. La maison des abbés de La Casedieu (Stéphane Abadie)

Haute-Vienne. Limoges. Abbaye Saint-Martial, église abbatiale du Sauveur : fouille programmée, campagne 2015 (Xavier Lhermite)

Espagne. Navarre, Monreal. Restauration du palacio d’Equisaoin (Pierre Garrigou Grandchamp)

Chronique

Architecture et urbanisme Moyen Âge, Temps modernes. Hôtels urbains à Valenciennes et Mons ( Pierre Garrigou Grandchamp ). — Une abbaye cistercienne redécouverte (Calvados) [Pierre Garrigou Grandchamp] . — Dijon au début du XVIe siècle (Christiane Roussel).— Mesurer l’architecture et la ville (XVe-XVIIIe siècle) [Valérie Nègre]. — Un architecte-ingénieur avignonnais (XVIIIe-XIXe siècle) [Béatrice Gaillard)

Iconographie, vitrail, peinture. XIIe-XIVe siècle. Nouvelles recherches sur l’iconographie des vitraux de la cathédrale de Chartres (Brigitte Kurmann-Schwarz). — Deux verrières de la Sainte-Chapelle réexaminées (Yves Christe). — Suisse : Peinture murale à visée commémorative, premier tiers du XIVe siècle (Jean-Bernard de Vaivre). — Précisions iconographiques sur le château de Bois-Sir-Amé (Cher) [Dominique Hervier]

Suisse, restaurations, transformations. Restauration, reconstruction des lieux de culte : une étude de cas en Suisse (Françoise Hamon)

Bibliographie

Architecture religieuse. Claude Andrault-Schmidt (dir.), La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. Enquêtes croisées (Philippe Araguas). — Claude Andrault-Schmitt et Philippe Depreux (dir.), Les chapitres séculiers et leur culture. Vie canoniale, art et musique à Saint-Yrieix (VIe-XIIIe siècle) [Bénédicte Fillion-Braguet]. — Brigitte Boissavit-Camus (dir.), Le baptistère Saint-Jean de Poitiers : de l’édifice à l’histoire urbaine (Pascale Chevalier). — Claire Pascaud, L’abbaye de Stavelot. Volume 1, Histoire et représentations des édifices (Philippe Araguas). — Mathieu Lours, avec la collab. d’Henri de Rohan-Csermak, Saint-Sulpice. L’église du Grand Siècle (Emmanuelle Bordure)

Castellologie. Luc Bourgeois, Christian Remy, Demeurer, défendre et paraître ; orientations récentes de l’archéologie des fortifications et des résidences aristocratiques médiévales entre Loire et Pyrénées (Hervé Mouillebouche). — Bernard Pousthomis (dir.) avec les contributions de Laurent d’Agostino, Luc de Goustine et Christian Remy, Ventadour en Limousin. Un château au pays des troubadours (Jean Mesqui). — Mathias Piana, Christer Carlsen, (éd.), Archaeology and Architecture of the Military Orders. New Studies (Jean Mesqui)

Châteaux. Xavier Pagazani, La demeure noble en Haute-Normandie, 1450-1600 (Jean Mesqui). — Maria Cavaillès, Arnaud Clairand, Raphaël Supiot et Albéric Verdon (dir.), La Meilleraye, destin d’une famille aux XVIIe et XVIIIe siècles (Julien Noblet)

Jardins. Jacques Moulin, Les jardins de Vaux-le-Vicomte : histoire, légendes et métamorphoses d’un chef-d’œuvre d’André Le Nôtre (Marie-Hélène Bénetière). — Hervé Brunon et Monique Mosser, L’Imaginaire des grottes dans les jardins européens (Benjamin Couilleaux)

Iconographie. Bianca Kühnel, Galit Noga-Banai, et Hanna Vorholt (éd), Visual Constructs of Jerusalem (Christian Heck)

Manuscrits. Laurence Ciavaldini Rivière, Aux premières heures du monastère de Brou. Un architecte, une reine, un livre (Raphaële Skupien). — Lisa Fagin Davis, La Chronique Anonyme Universelle. Reading and Writing History in Fifteenth-Century France (Christian Heck)

Divers. Christian de Mérindol, Images du royaume de France au Moyen Âge - Décors monumentaux peints et armoriés - art et histoire (Pierre Garrigou Grandchamp). — Éric Palazzo, L’invention chrétienne des cinq sens dans la liturgie et l’art au Moyen Âge (Chrystel Lupant). — Ivan Matejčić et Sunčica Mustač, Umjetnička baština istarske crkve.1. Kiparstvo od 4. do 13. Stoljeća - Il patrimonio artistico della chiesa istriana. Scultura dal IV al XIII secolo (Pierre-Yves Le Pogam). — Thierry Crépin-Leblond et Monique Chatenet (dir.), Anne de France. Art et pouvoir en 1500 (Mathieu Deldicque)

Résumés analytiques

Saint-Bénigne de Dijon. Cinquante ans de recherches sur l’abbatiale de l’an mil, par Éliane Vergnolle

La grande église édifiée à Saint-Bénigne de Dijon au début du xie siècle par l’abbé Guillaume de Volpiano jouit depuis longtemps d’une célébrité liée à plusieurs facteurs : l’importance historique de son commanditaire, qui fut l’un des grands réformateurs de son temps, l’abondance des sources narratives contemporaines de la construction, le caractère exceptionnel de son architecture et la présence de l’un des premiers ensembles de chapiteaux romans figurés. Il reste peu de choses de l’abbatiale de l’an mil, la nef et le transept ayant été réédifiés au XIIIe siècle et la vaste rotonde orientale partiellement détruite à la Révolution. La connaissance du monument a été renouvelée par la publication de la thèse de Wilhelm Schlink en 1978 et par les fouilles de Carolyn Marino Malone à la même époque. Celle-ci n’a cependant publié qu’en 2008 et 2009 les études de synthèse sur l’édifice. Il convient aujourd’hui de dépasser le strict bilan documentaire pour réévaluer la place de Saint-Bénigne dans l’art de son temps, à la lumière des récentes publications sur les débuts de l’art roman et ouvrir de nouvelles pistes de recherche.

Au château de Limours : Salomon de Brosse, François Mansart et André Le Nôtre, par Alexandre Cojannot et Étienne Faisant

Propriété du cardinal de Richelieu puis de Gaston d’Orléans, Limours fut l’objet au XVIIe siècle d’importants travaux que documente un ensemble de marchés inédits. Après l’acquisition du domaine par le cardinal en 1623, le château fut ainsi réaménagé sous la conduite de Salomon de Brosse tandis que Tommaso Francini et Salomon de Caus étaient employés à la création d’un parterre orné de statues. En 1636-1638, le duc d’Orléans fit doubler ce dernier par un second et tracer dans le parc un réseau d’allées, opérations pour lesquelles le jeune André Le Nôtre travailla comme entrepreneur aux côtés de François Mansart. Cette collaboration, attestée pour la première fois, éclaire d’un jour nouveau les années de formation du futur jardinier de Louis XIV. Pour magnifier l’accès au domaine, le même architecte conçut en 1645 une place ovale au-devant du portail et une avant-cour cantonnée de pavillons. Ces constructions, auxquelles participa Antoine Le Pautre en tant qu’entrepreneur, marquèrent l’apogée du domaine, avant son abandon au siècle suivant et sa destruction durant la Révolution. Remanié mais épargné, un des pavillons de l’avant-cour offre enfin un précieux témoignage de l’intervention de Mansart dans le château, qui apparaît comme un creuset pour l’architecture et les jardins sous le règne de Louis XIII et au début de celui de Louis XIV.

English Summaries

Saint-Benigne de Dijon. Fifty years of research on the abbey church in the year 1000, by Éliane Vergnolle

The great church built for Saint-Benigne de Dijon in the early eleventh century by Guillaume de Volpiano has long been famous for several reasons, among which are the historic importance of its founder, who was one of the great reformers of his time ; the abundance of contemporary narrative sources concerning its construction ; the exceptional character of its architecture ; and the presence of one of the first series of figural Romanesque capitals. Little remains of the abbey church from the year 1000. The nave and transept were rebuilt in the thirteenth century and the vast rotunda at the east end was partially destroyed at the Revolution. Knowledge of the monument was renewed by the publication of Wilhelm Schlink’s thesis in 1978 and by excavations conducted by Carolyn Marino Malone at the same time. Malone, however, only published her synthetic studies of the edifice in 2008 and 2009. The time has come to go beyond strictly documentary assessments, to evaluate the place of Saint-Bénigne in the art of its time in light of recent publications on the beginnings of Romanesque art, and to open up new research horizons.

The Château de Limours : Salomon de Brosse, François Mansart and André Le Nôtre, by Alexandre Cojannot and Étienne Faisant

The Château de Limours belonged to Cardinal Richelieu and then Gaston d’Orléans. A number of unpublished contracts document work on the château in the seventeenth century. After the acquisition of the domain by Richelieu in 1623, the château was refurbished under the direction of Salomon de Brosse, whereas Tommaso Francini and Salomon de Caus were hired to design a parterre decorated with statuary. In 1636-1638 the Duke of Orléans had a second parterre installed and a network of pathways laid out in the park by the young André Le Nôtre working as contractor alongside François Mansart. This collaboration, recorded here for the first time, enlightens us about the early work of the future gardener of Louis XIV. He magnified the entrance to the domain in 1645 by designing an oval space in front of the portal and a forecourt bracketed with pavilions. These buildings, for which Antoine Le Pautre served as contractor, marked the apogee of the domain, before it was abandoned in the following century and destroyed at the Revolution. One of these pavilions in the forecourt, which was spared but reworked, is a precious witness to the intervention of Mansart on the château, which seems to have been a crucible for architecture and gardens during the reign of Louis XIII and the early years of Louis XIV.

Deutsche Zusammenfassung

Saint-Bénigne in Dijon. Fünfzig Jahre Forschungen zu der um 1000 errichteten Abteikirche, von Eliane Vergnolle

Die große, Anfang des 11. Jahrhunderts von Abt Wilhelm von Volpiano errichtete Kirche Saint-Bénigne in Dijon erfreut sich seit langer Zeit großen Ruhms, der mehreren Faktoren geschuldet ist : zum einen ist es die historische Bedeutung ihres Auftraggebers, eines großen Reformers seiner Zeit, dann die reichlich fließenden Quellen zeitgenössischer narrativer Texte zur Baugeschichte, weiterhin ihre außergewöhnliche Architektur und schließlich eines der allerersten Ensembles romanischer Figurenkapitelle. Von der um 1000 errichteten Abteikirche sind nur wenige Reste erhalten, da Lang- und Querhaus im 13. Jahrhundert neu errichtet wurden und die weite östliche Rotunde zur Zeit der französischen Revolution teilweise zerstört worden war. Die Kenntnisse des Baues wurden einerseits durch die 1978 veröffentlichte Dissertation von Wilhelm Schlink und andererseits durch die zur gleichen Zeit von Carolyn Marino Malone durchgeführten Grabungsarbeiten erneuert ; letztere hat eine Synthese ihrer Studien allerdings erst 2008 und 2009 veröffentlicht. Heute geht es darum, über die strikte dokumentarische Bilanz hinaus die Stellung von Saint-Bénigne innerhalb der Kunst ihrer Zeit neu zu bewerten, insbesondere aufgrund neuer Veröffentlichungen zu den Anfängen der Romanik und neue Forschungsansätze zu eröffnen.

Salomon de Brosse, François Mansart und André Le Nôtre und die Umgestaltung des Schlosses von Limours, von Alexandre Cojannot et Étienne Faisant

Die Eigentümer des Schlosses von Limours, Kardinal Richelieu und später Gaston d’Orléans ließen im 17. Jh. dort bedeutende Umgestaltungsarbeiten vornehmen, die durch eine Reihe bisher unveröffentlichter Vergabeverträge dokumentiert werden. Als der Kardinal 1623 das Anwesen erwarb, wurde das Schloss unter der Bauleitung von Salomon de Brosse umgestaltet ; zu dieser Zeit waren Tommaso Francini und Salomon de Caus mit der Anlage eines mit Statuen geschmückten Parterres beschäftigt, das der Herzog von Orléans 1636-1638 um das Doppelte seiner Fläche erweitern ließ. An der Seite von François Mansart arbeitete der junge Unternehmer André Le Nôtre im Park an der Anlage eines Netzes von Alleen. Diese zum ersten Mal belegte Zusammenarbeit wirft ein neues Licht auf die Ausbildung des künftigen Gartenarchitekten Ludwigs XIV. Um den Zugang zum Anwesen auszuzeichnen, konzipierte der Architekt 1645 vor dem Portal einen ovalen Platz und einen von Pavillons gesäumten Vorplatz. All diese Bauaktivitäten, an den sich auch Antoine Le Pautre als Unternehmer beteiligte, kennzeichnen die Blütezeit des Anwesens, das im folgenden Jahrhundert verfiel und während der französischen Revolution zerstört wurde. Einer der Pavillons des Vorplatzes blieb jedoch verändert erhalten und bietet ein wertvolles Zeugnis über die Bautätigkeit Mansarts an diesem Schloss, das unter König Ludwig XIII. und dem Beginn der Herrschaft Ludwigs XIV. sich wie ein Schmelztiegel für Architektur und Gartenbau präsentiert.

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